16 mars : Journée du Sommeil et Fuck You Morphée

Cher Morphée, Marchand de Sable, ou quel que soit le nom qu’on te donne,

Aujourd’hui, 16 mars, c’est ta fête. La journée nationale du sommeil. Évidemment, ce n’est pas vraiment ta fête. Comme la journée des droits des femmes n’est pas notre fête (ça vaut le coup de le dire, histoire d’éviter de recevoir des fleurs ou des bons d’achats, au lieu d’y penser). Non, aujourd’hui, c’est, comme pour la journée des maladies rares, une occasion de réfléchir, de se réunir, de sensibiliser et de s’informer à ton sujet. Mais je dois t’avouer que, même si c’était vraiment ta fête, je ne t’offrirais pas de fleurs. Ni des bons d’achat, d’ailleurs…

Je n’ai pas non plus envie de réfléchir à ton sujet. Je n’ai pas très envie de te voir à l’honneur. Contrairement à la journée des maladies rares, je ne me sens pas vraiment concernée. « Comment, mais tu es atteinte d’hypersomnie idiopathique, c’est une maladie du sommeil, tu es tout à fait concernée! »… Non. Entendre dire que bien dormir c’est important, que c’est indispensable pour la santé, même si on sait vraiment pas pourquoi c’est vital, et qu’il faut pas boire trop tard du café en fumant des clopes devant un écran bleu, ça ne me concerne pas du tout.

Les gens pensent que j’aime dormir. Ils pensent que c’est une chose importante pour moi. Que c’est un temps précieux. Mais ce n’est rien d’autre qu’un temps perdu. À quoi tu sers si tu me recraches encore plus fatiguée que quand je m’endors, hein? À rien. À faire chier. Et, en fait, j’en ai un peu marre de ta tronche.

Pour les autres, tu es important. Ils voient ton coté vital, omniprésent, cyclique et rassurant; certains s’étonnent de passer tout un tiers de leur vie dans tes bras, moi, je les envie; même si, de par ce lien particulier que nous avons toi et moi, je ne te vois pas comme les autres te voient; ton vrai visage je le perçois parfois, dans ce sentiment que j’ai  de revenir tout droit du néant, alors que je lutte pour m’extirper de ton étreinte – de tes griffes. Je crois que tu es le vestibule du coma, la porte du décrochage entre l’esprit et le corps. Tu haches et rythmes notre vie éveillée, nécessairement, régulièrement et inlassablement, comme la pause entre les tics et les tacs d’une horloge. Comme le silence inquiétant entre deux battements de cœur.

Dire que certains te cherchent, et crèvent de ne pas te voir venir, quand les heures de la nuit s’allongent… Et si, pour ta journée, tu mettais à jour ton plan de vol, pour aller balancer ton sable et frotter tes pavots sur ceux-là, et en profiter pour me lâcher un peu?

Fuck you, merci, bisou

Sam, l’Hyper Idiote

Aux autres,

J’ai sérieusement passé une semaine à me casser la tête sur ce que j’allais pouvoir écrire sur cette journée. J’avais envie de parler de tout sauf de ça. Du coup, je me suis dit que j’allais en profiter pour régler mes comptes…

Oh, et si vous voulez des informations sur cette journée, consacrée, cette année, au sommeil des 15-25 ans, vous pouvez trouver plus d’infos par ici. 😉

(Je précise que Morphée fait allusion au Dieu grec des rêves et de l’endormissement, et en aucun cas au très respectable Réseau Morphée. Quant au Marchand de Sable, il s’agit d’une référence au folklore en général, et pas d’une attaque contre l’ami roux d’un certain Nounours. Je n’oserais pas.)

3 thoughts on “16 mars : Journée du Sommeil et Fuck You Morphée

  1. Kiran

    J’ai adoré !

    Depuis des années j’insiste sur mon propre ressenti par rapport à tout ça avec un exemple que beaucoup de gens ont du mal à comprendre :
    – Si je trouvais une lampe magique m’octroyant des vœux, mon premier serait de me libérer définitivement de tout besoin physiologique que j’ai toujours vécu comme une perte de temps.
    Voila tout ça pour dire que sans vivre ce que tu endures au quotidien, je partage ton point de vue sur le sommeil.

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