Pleurer en travers de son lit

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Parfois, prendre un peu de recul, c’est assez simple.

Quand tout va mal, qu’on est triste ou en colère, quand on est dans une période d’insécurité, de lutte à cause de la maladie, qu’on se sent démuni, seul, épuisé, impuissant, et le tout en pleine nuit, évidemment… Comment faire, pour se rassurer? 

La situation ne peut pas être réglée simplement, nous ne pouvons pas guérir par miracle, ni non plus espérer que supplier à genoux les commissions de la sécu, la MDPH, l’hôpital ou qui que ce soit fasse enfin avancer les démarches dont nous avons le malheur de dépendre, ni régler tout le merdier qui découle de tout ça d’un coup de baguette magique. Il faut prendre notre mal en patience. Faire taire les questions qui n’ont pas de réponse. S’accrocher aveuglément alors que notre vie semble être entre parenthèses. Laisser ces inquiétudes de coté. Et s’accrocher. Une fois encore. Une fois de plus.

Mais que faire, seul dans notre lit, quand il arrive que ces questions ne veuillent pas se taire, quand le silence s’étend jusqu’à l’infini, que les ombres se figent et que le temps se suspend cruellement, comme une lame au dessus de nous? 

Dans ces moments, s’extraire de ces sentiments, pendre du recul, c’est une bonne blague. La maladie chronique qui débarque dans une vie, c’est tellement d’épreuves, tellement de changements, de remises en questions, de doutes et de pertes qui s’accumulent… C’est normal de se sentir parfois triste, seul, démuni. Prisonnier. Et quand on est dans cet état, il n’y a pas grand chose d’autre à faire qu’écouter ces pensées terrifiantes, les contempler, accepter encore que le chemin est long et difficile, et finalement verser quelques larmes pour évacuer.

L’autre nuit, pourtant, saisie par cette impression de me sentir coincée, prise au piège de ma propre vie, de mon propre corps… Cette nuit là, je n’ai pas réussi à laisser glisser ma colère. C’était impossible, intolérable de me résoudre, de baisser les armes : de pleurer. Comme ça, dans ce lit, à cette place, face à ce plafond, ce poster, cette porte, toujours au même point comme tout les soirs, comme tout les jours, toujours à la même place, dans ce lit où je passe presque ma vie, avalée par la fatigue, ce foutu lit qui est, lui aussi, devenu une cage.

Machinalement, j’ai violemment attrapé les oreillers pour les entasser contre le mur, dans le sens de la largeur à l’autre bout du matelas, et plié et enroulé la couette tout autour comme pour en faire un petit nid. Les poings encore serrés, je m’y suis blottie, et en relevant la tête, je me suis surprise à respirer un peu plus profondément. La porte n’était plus là. Le poster était dans mon dos. Et devant mes yeux, enfin, il y avait le creux de cette partie du matelas, enfoncée par ces heures infinies de sommeil. Vide. Comme une cage ouverte.

Parfois, prendre un peu de recul, c’est assez simple.

Il suffit de pleurer en travers de son lit.

 

4 thoughts on “Pleurer en travers de son lit

  1. Dull

    Coucou!
    Je n’ai pas grand chose à dire sur le texte, si ce n’est qu’il est très bien 😉
    C’est difficile pour les valides comme moi de se représenter l’état d’enfermement que peuvent ressentir les malades chroniques.
    C’est super bien pour nous faire comprendre ce que vous pouvez parfois ressentir et subir!
    Courage!
    En espérant que les nuits pleines d’inquiétudes ne viendront pas trop te hanter dans le futur!

    Reply

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